Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /Nov /2009 15:07

  

La résilience

 

I)                  Qu’est ce que la résilience ? 

 

                   1) Origine du concept

 

Le terme « résilience » a été emprunté aux sciences physiques. A l’origine, la résilience est la capacité d’un métal à résister aux pressions et à reprendre sa structure initiale après avoir été déformé.

En psychologie, on appelle « résilience » la capacité à vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité.

 

Le concept a été découvert en 1982 par Emmy Werner. Cette psychologue américaine a suivi à Hawaï 700 enfants sans famille, sans école, vivant dans la rue et victimes d’agressions physiques ou sexuelles. Trente ans plus tard, la plupart d’entre eux étaient devenus des adultes détruits psychiquement. Cependant, 28% avaient réussis à apprendre un métier, fonder une famille, et ne souffraient pas de troubles psychiques majeurs. Elle en conclut que certains enfants avaient une capacité particulière à surmonter les traumatismes de la vie pour s’en sortir, et appela ces enfants des « résilients ».

 

En France, c’est Boris Cyrulnik, psychiatre, neurologue et éthologue français ; né à Bordeaux en 1937, qui va développer le concept et surtout le faire connaître du grand public.

Pour lui, la résilience est un véritable « antidestin ». Boris Cyrulnik pense que les pires épreuves sont surmontables, que la guérison est toujours possible, et que nul n’est condamné au malheur. La résilience est pour lui « ce processus complexe par lequel les blessés de la vie peuvent déjouer tous les pronostics ».

Lorsque l’on découvre l’histoire de ce psychiatre, on peut se demander si son histoire personnelle n’a pas influencé son intérêt pour ce concept :

Né dans une famille juive, son père est ébéniste puis s’engage dans la légion. Durant l'Occupation, ses parents le confient à une pension pour lui éviter d'être arrêté par les Allemands, cette pension le placera ensuite à l'Assistance publique. Il y est récupéré par une institutrice bordelaise, Marguerite Farge, qui le cache chez elle. Mais au cours d'une rafle, il est trouvé et regroupé avec d'autres Juifs, dont beaucoup d'enfants, à la synagogue de Bordeaux. Il parvient alors à se cacher dans les toilettes et évite ainsi le sort des autres raflés, emmenés vers la gare Saint-Jean pour y être déportés. En se faufilant hors de la synagogue, une infirmière le cache dans une camionnette (qu'il prend alors pour une ambulance). Il sera ensuite pris en charge et caché par un réseau, puis placé comme garçon de ferme, sous le nom de Jean Laborde, jusqu'à la Libération. Il est ensuite recueilli à Paris par une tante qui l’élève. Ses parents, eux, mourront en déportation. C’est au cours de cette expérience personnelle traumatisante qu’il décidera de devenir psychiatre.


 

Boris Cyrulnik a écrit de nombreux ouvrages sur la résilience dont :

 

-Un Merveilleux malheur, Éditions Odile Jacob, 1999; (réédition) 2002

 

-Les Vilains petits canards, Éditions Odile Jacob, 2001

 

-Le Murmure des fantômes, Éditions Odile Jacob, 2003; (réédition) 2005

 

-Autobiographie d'un épouvantail, Odile Jacob, 2008, Prix Renaudot de l'Essai, 2008 []

 

 

                        2) Définition :

 

« La résilience est la capacité d’une personne ou d’un groupe à se développer bien, à continuer à se projeter dans l’avenir en dépit d’évènements déstabilisants, de conditions de vie difficiles, de traumatismes parfois sévères » (M. Manciaux et coll., 2001, p17).

 

                       

II)              Comment devient-on résilient ?

 

                     1) Le traumatisme

Pour Boris Cyrulnik, c’est à partir du moment ou la personne subit un traumatisme qu’elle va tenter de le surmonter et mettre en place un processus de résilience.

 Le traumatisme est donc l’agent de la résilience.

 

Rappelons que pour la psychanalyse, « le traumatisme est un évènement de la vie du sujet qui se définit par son intensité, l’incapacité ou se trouve le sujet d’y répondre adéquatement, le bouleversement et les effets durables qu’il provoque dans l’organisation psychique » (J.Laplanche et J.-B. Pontalis, 1967)

Cette définition, tout en mettant en évidence l’origine interne et externe du traumatisme, montre que celui-ci est avant tout psychique, puisque ce n’est pas l’évènement en lui-même qui est traumatique , mais plutôt l’incapacité qu’à le sujet d’y faire face.

(Ex. : Différentes réactions après l’explosion d’une bombe dans le RER B St-Michel)

 

Pour Boris Cyrulnik, il ne peut y avoir traumatisme que si ‘il y’a une « effraction » qui provoque la déchirure de la bulle protectrice de l’enfant, si bien que celui-ci ne parvient pas à comprendre ce qui lui arrive. Son monde se désorganise et devient confus.

L’auteur utilise la métaphore du chemin pour illustrer cette idée : « le chemin de l’homme normal n’est pas dépourvu d’épreuves : il se cogne aux cailloux, s’égratigne aux ronces, il hésite aux passages dangereux et, finalement, chemine quand même ! Le chemin du traumatisé, lui, est brisé. Il y’a un trou, un effondrement qui mène au précipice. Quand le blessé s’arrête et revient sur son parcours, il se constitue prisonnier de son passé, fondamentaliste, vengeur ou soumis à la proximité du précipice. Le résilient, lui, après s’être arrêté, reprend un cheminement latéral. Il doit se frayer une nouvelle piste avec, dans sa mémoire, le bord du ravin. Le promeneur normal peut devenir créatif, alors que le résilient, lui, y est contraint ».

 

B. Cyrulnik montre que le développement que l’enfant parvient à rattraper après son traumatisme et qui témoigne d’un processus résilient, n’est jamais tout à fait identique à celui qu’il aurait dû poursuivre dans des conditions normales. En effet, c’est avec ce traumatisme que l’enfant aura à se développer. Ce traumatisme est inclus dans sa personnalité.

 

Il est à noter que les auteurs ayant travaillé sur la résilience se sont essentiellement centrés sur la guerre, le terrorisme, et les catastrophes naturelles. Rarement sur les traumatismes individuels.

 

                  2) Des dispositions personnelles

 

Aujourd’hui encore, la notion de résilience est difficile à cerner compte tenu de la diversité des recherches et des points de vue sur ce thème. Certains la conçoivent comme un trait de personnalité acquis et stable, d’autres comme un processus. Or la résilience n’est jamais acquise une fois pour toute. Elle ne correspond donc pas à un type de personnalité précis.

 

Les partisans de la psychologie clinique psychanalytique conçoivent la résilience comme un processus et ont cherché à déterminer les mécanismes permettant au sujet de surmonter son traumatisme. Pour eux, la résilience s’effectue selon deux axes :

     

      -Un axe intrapsychique, qui concerne les capacités propres à chaque individu.

 

      -Un axe relationnel, qui concerne les liens que le sujet met en place avec son               environnement.

 

Ainsi, tout comme il existe chez certains individus des facteurs de vulnérabilité au traumatisme (caractéristiques sociodémographiques, troubles psychiques préexistants, traits de personnalité, antécédents familiaux, expériences de l'enfance…etc.), il existe un certain potentiel de résilience chez d’autres.

 

Wolin et Wolin (1999) puis le psychanalyste P. Bessoles (2001) ont ainsi retenu sept caractéristiques de personnalité susceptibles d’avoir un rôle protecteur face aux évènements difficiles :

 

                  -Perspicacité = capacité d’analyse, de repérage, de discrimination

                  -Indépendance = capacité à être seul, autonomisation

                  -Aptitude aux relations = facteur de socialisation

                  -Initiative = capacité d’élaboration et de représentation

                  -Créativité = capacité à créer des formations réactionnelles et substitutives

                  -Humour = sublimation

                  -Moralité = capacité à interroger les valeurs

 

 

Ces traits de personnalité sont considérés comme des facteurs de résilience mais ils ne suffisent pas à eux seuls à développer ce processus.

 

 

Le fonctionnement de la résilience se décompose en deux temps :

 

                  -1er temps : Le temps du traumatisme : l’enfant résiste à la désorganisation psychique en mettant en place des mécanismes de défense qui vont lui permettre de s’adapter à la réalité frustrante.

 

                  -2eme temps : Le temps de l’intégration du choc et de la réparation. Intégrer ne veut pas dire « effacer » mais « faire avec ». Après l’effraction du traumatisme, il y’a un rétablissement progressif des liens, puis une reconstruction à partir de l’adversité. Cela passe par la nécessité de donner un sens à sa blessure.

L’évolution  de ce processus tend vers la résilience quand l’enfant a retrouvé sa capacité d’espérer. Il pourra alors s’inscrire dans un projet de vie, et des choix personnels.

 

On voit bien que lorsque l’on parle de dispositions personnelles à intégrer un traumatisme, on fait appel à la notion de mécanismes de défenses adaptatifs.

 

 

                  3) Les facteurs extérieurs et environnementaux

 

Un enfant blessé semble avoir plus de chance de devenir résilient s’il est entouré et soutenu. Ainsi, de nombreux auteurs ont mis en évidence le rôle de l’environnement dans le processus de  résilience.

Ils considèrent que des relations précoces de bonne qualité seraient à la base de la construction de la résilience et se centrent alors sur la théorie de l’attachement.

D’autres montrent l’importance de placer auprès de l’enfant des tuteurs de résilience.

 

                              -Le type d’attachement

 

B. Cyrulnik insiste sur le fait que la résilience se construit dans la relation avec autrui. C’est ce qu’il appelle « un tricotage de l’attachement ». Cela signifie que pour devenir résilient, l’enfant doit avoir connu, avant le « fracas » du traumatisme, une certaine stabilité affective.

Il reprend ainsi, l’idée exprimée auparavant par J. Bowlby, puis par Mary Ainsworth, sur le lien d’attachement.

Ces auteurs ont découvert que l’enfant dans les interactions avec sa mère, peut développer différents types d’attachement :

  • Sécurisant (65 %)
  • Ambivalents (10 %)
  • Evitant (20 %)
  • Désorganisés (5 %)

Selon le type de relation qu’il aura réussi à établir, l’enfant saura plus ou moins bien se reconstruire après une blessure de la vie. Les enfants ayant un type d’attachement sécurisant seront les plus aptes à être résilients.

                              -Les tuteurs de résilience

 

Les « tuteurs de résilience » ou « tuteurs de développement » sont des personnes qui, placée sur le chemin de l’enfant, vont le guider et le soutenir.

Pour cela il faut que s’effectue « la rencontre » c'est-à-dire « le fait que l’enfant résilient ait pu croiser et accrocher un jour un adulte, ou au moins un aîné, qui lui a apporté de l’aide, de l’affection et de l’estime ».

Les « tuteurs de résilience » sont donc les personnes qui rendent possible la reprise d’un développement après que l’enfant ait subi un traumatisme.

Ces tuteurs peuvent être un parent, un enseignant, éducateur, psychologue…etc. Toute personne qui va croire en lui, stimuler son développement, lui permettre de reprendre confiance en lui et d’avoir un projet d’avenir.

 

                 

III)           Les limites du concept de résilience

 

Nombreux sont les auteurs qui se montrent sceptiques face au concept de résilience. En effet, aujourd’hui encore, ses contours sont flous et sa définition reste superficielle.

Simple habillage commercial de concepts déjà connus pour certains (le processus de résilience peut recouper les notions de mécanismes de défenses et d’adaptation ou et coping et s’appuie sur le type d’attachement de l’enfant) ou glissement dangereux pour d’autres, comme le psychanalyste Serge Tisseron qui met en garde contre ce qu’il appelle « les pièges de la résilience ».

« La résilience, écrit-il, qui est en Amérique une vertu sociale associée à la réussite, est devenue en France une forme de richesse intérieure…»

Pour lui, une personne résiliente n'est pas libérée de ses souffrances, mais bien asservie aux mécanismes de refoulement et de compensation, aux schémas de comportement qui lui permirent, jadis, de survivre à un environnement hostile.

Le parcours personnel de Boris Cyrulnik illustre combien l'auteur d'un Merveilleux malheur a théorisé la notion de résilience à partir de son propre vécu refoulé, non reconnu comme tel. Bien qu'il se soit longtemps refusé à parler publiquement de son passé dramatique, Cyrulnik a fini par dévoiler, au fil des interviews, quelques éléments biographiques qui permettent de comprendre les stratégies d'adaptation qu'il a dû mettre en œuvre, enfant, pour survivre et échapper à la mort, et leurs liens avec certaines des idées qu'il défend aujourd'hui.

Privé de la sécurité la plus essentielle du fait de la folie des adultes, et pour ne pas sombrer lui-même dans cette folie, le jeune enfant dissocie sa terrible souffrance de sa pensée consciente en faisant rire son entourage, glanant ici ou là un regard compatissant. « Moi, on m'a aidé parce que je passais mon temps à faire le pitre » confiera Cyrulnik à un journaliste (Dans son ouvrage Les vilains petits canards, le psychiatre théorisera cette stratégie de survie en avançant notamment que certains enfants - « contraints à la métamorphose » - s'en sortent parce que privés de leurs parents, ils sauraient inspirer aux autres l'envie de les aider.

 On a également mis en avant certains artistes présentés comme résilients parce qu’ils ont connus des traumatismes importants qu’ils ont sublimé dans leur art. Mais on ignore la réalité de leur souffrance, et de leur structuration psychique. En effet, être riche et célèbre est le signe d’une réussite sociale mais n’a jamais été un gage de bonne santé mentale.

 

IV)           La résilience ou l’extension d’un concept « à succès »

 

Le concept de résilience a connu un tel succès qu’il a été étendu à plusieurs domaines :

  • en écologie, la résilience est la capacité d'un écosystème ou d'une espèce à récupérer un fonctionnement et/ ou un développement normal après avoir subi un traumatisme ;
  • en économie, la résilience est la capacité à revenir sur la trajectoire de croissance après avoir encaissé un choc.
  • Dans le domaine de la gouvernance, de la gestion du risque et du social, la résilience communautaire associe les approches développées dans le cours en s'intéressant au groupe et au collectif plus qu'à l'individu isolé ;
  • En informatique, la résilience est la capacité d'un système ou d'une architecture réseau à continuer de fonctionner en cas de panne.
  • Dans l’armement et l’aérospatial, la résilience dénote le niveau de capacité d’un système embarqué à tolérance de panne, de pouvoir continuer de fonctionner en mode dégradé tout en évoluant dans un milieu hostile;

V)               La résilience, reflet de notre époque ?

 



Dans un article original, le psychologue Jean Garneau décrit les rouages sociétaires qui, selon lui, ont conduit au succès du concept de résilience.

Pour lui, nos sociétés occidentales étaient jusqu’à présent fondées sur un principe d’élimination du risque et de surprotection de ses individus. Mais depuis un certain 11 septembre, notre vision du monde a progressivement changé et nous évoluons dans une société du « danger omniprésent ». Il suffit d’écouter un peu les médias pour s’en persuader.

Face à ce phénomène de société, la notion de résilience prend un sens nouveau et se trouve présentée comme une sorte de moyen de survie dans une société qui évolue vers la dangerosité et la menace du traumatisme. C’est ce qui expliquerait son succès actuel.

 

En conclusion, je vous laisse vous faire votre propre opinion sur ce concept tout en méditant sur cette phrase de Jean-Paul Sartre :

 

« L’important n’est pas ce qu’on fait de nous mais ce que nous faisons nous-même de ce qu’on a fait de nous »

Par S.DB
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Lundi 19 octobre 2009 1 19 /10 /Oct /2009 07:44

  

Les mécanismes de défense et d’adaptation

 

 

 

I) Définition :

 

« Les mécanismes de défense représentent la défense du moi contre les pulsions instinctuelles et les affects liés à ces pulsions » (A.FREUD, 1936).

Les mécanismes de défense sont inconscients et involontaires.

 

-Ils servent à protéger la conscience d’une émotion douloureuse ou inacceptable.

-Ils ont pour objectif la réduction de tensions psychiques.

 

-Normalement les mécanismes de défense :

                                                 -Protègent la cohésion de l’appareil psychique.

                                                 -Facilitent l’adaptation au monde externe.

 

-         Un certains nombre d’entre eux sont utilisés de façon permanente et banale.

-         C’est ce qui donne naissance aux « traits de caractères » des personnalités saines.

 

-         Un sujet n’est jamais malade « parce qu’il a des défenses » mais parce que les défenses qu’il utilise habituellement s’avèrent :

                                          -Inefficaces

                                         -Trop rigides

                                         -Pas assez variées

                                         -Trop fréquentes

                                         -Mal adaptées à la réalité interne et externe.

 

Dans ce cas les mécanismes de défense perturbent le fonctionnement psychique au lieu de le protéger.

 

            -On distingue :

 

                        -les mécanismes de défenses, qui visent la réduction de la tension pulsionnelle et de l’angoisse qui en résulte.

 

                        -les mécanismes de dégagement, qui visent un aménagement des conflits                internes du sujet pour s’adapter à une situation externe difficile (ex. Travail de deuil, ou familiarisation avec une situation difficile ; hospitalisation, annonce d’une maladie etc.)


 
Ces derniers sont temporaires. S’ils perdurent, ils signent la difficulté du sujet à surmonter l’évènement difficile (ex. : Deuil bloqué).

 

Il n’y a pas de consensus sur le nombre de mécanismes de défenses. Suivant les auteurs, leur nombre peut varier de 17 (Laplanche et Pontalis) à 43 (Bibring et Valenstein).

 

 

 

II) Les principaux mécanismes de défense du patient face à ses angoisses :

 

 

1)    Le refoulement :

 

C’est un rejet dans l’inconscient des représentations désagréables ou douloureuses. Le patient pense et dit que « tout va bien » mais les éléments refoulés restent actifs dans l’inconscient et remontent (retour du refoulé). Le sujet va alors ressentir des symptômes (angoisses, tensions, troubles du sommeil) sans faire le lien avec sa situation « je dors mal en ce moment, c’est sans doute l’âge… »

 

2)    La dénégation :

 

                     Le patient a intégré la réalité mais il la nie et la refuse. Il a besoin de temps pour l’accepter.

                        « Je me sens fatigué en ce moment,  ce n’est pas à cause de mon cœur ! »

                        Le conflit se situe entre le moi et le ça.

                        Il faut laisser au patient le temps de s’adapter à la maladie.

 

3)    Le déni :

 

                   Le patient refuse totalement la réalité. « Je ne suis pas malade ! »

                        Conflit entre le moi et le monde extérieur.

                        Il n’y a pas de refoulement, c’est un refus pur et simple de la réalité.

                        Il faut respecter le déni et éviter de ramener le patient à la réalité de façon trop                        brutale (risque d’effondrement).

                        Le déni est souvent à l’origine du mauvais suivi des prescriptions.

 

                  

         4)    La fantasmatisation :

 

                   Le patient va développer une théorie personnelle plus ou moins fantasque pour                       tenter de donner du sens à sa maladie. « Le médecin m’a donné
                     un médicament incompatible avec le tabac. C’est lui  qui m’a déclenché le cancer ! »

                        La fantasmatisation peut aller de pair avec le déni « Ce n’est pas une tumeur, 
c’est une piqûre d’insecte qui m’a déclenché une infection ».

                       

 

5)    La régression :

 

                   Le patient va revenir à des positions infantiles renvoyant à des stades antérieurs                       de son développement (cf. : Stades psychosexuels de Freud).

                        Il va se montrer passif, soumis, laissant aux soignants le soin de tout décider. Le patient perd toute autonomie et devient dépendant.

                        Il s’agit bien d’une défense destinée à se protéger de la souffrance et de l’angoisse et celle-ci peut parfois laisser place à une brusque explosion de colère une fois le moment régressif passé.

 

 

6)    L’isolation et le déplacement :

 

                   Le patient va intégrer l’information (ex. : annonce d’une maladie grave) sans                ressentir l’affect d’angoisse qui y est associé. Il peut poser des questions sur le traitement et rester tout à fait calme et serein. L’angoisse va être déplacée sur un autre élément moins angoissant (ex. peur que la vaisselle de l’hôpital soit mal lavée)

 

7)    L’annulation :

 

                        C’est la forme la plus radicale de la dénégation. L’annulation efface purement              et simplement l’annonce vécue comme inacceptable.

                        Le déni = C’est impossible !

                        L’annulation = ça n’a jamais existé !

                        Ex. : « -Monsieur, votre épouse n’a pas survécu à l’accident.

                                   -Est-ce que je peux lui parler ?  Quand pourra t’elle rentrer ?»

                        L’annulation ne dure pas, elle est ensuite relayée par d’autres mécanismes de              défense. Elle indique que le sujet va avoir besoin d’être soutenue pour faire face à un évènement intolérable pour lui.

 

8)    La projection agressive :

 

                   Le patient n’arrive pas à reconnaître en lui ses sentiments et affects alors il les              projette sur l’extérieur. Il se sent agressé par sa maladie et fait un amalgame avec l’équipe soignante qu’il perçoit comme un agresseur. Il va se monter alors très difficile avec les soignants. Cela peut aller de simples critiques à l’insulte et même la violence. Il s’agit d’un mécanisme de défense très archaïque                          témoignant d’une personnalité fragile et peu structurée.

 

 

9)    La maîtrise :

 

                   Le patient va tenter de contenir son angoisse en ayant une attitude de contrôle                         et de vérification de tout ce que fait l’équipe soignante. Il semble mettre en doute le traitement, les posologies, se montre critique voire tyrannique.

                        Ce type de patient est très éprouvant pour l’équipe soignante qui peut se sentir                       remise en cause dans sa compétence, et la confiance qu’on lui accorde.

                        Il faut savoir repérer ce mécanisme pour comprendre que « les attaques » ne vous sont pas destinées personnellement mais permettent au patient de tenter de reprendre
le contrôle de sa vie
 face à une angoisse vécue comme  insupportable.

 

Les mécanismes de défense suivants correspondent à un niveau adaptatif élevé face à l’angoisse. Plus élaborés, ils sont utilisés comme mécanismes de dégagement. Parfois après utilisation des mécanismes précédents, quand le patient a pu intégrer correctement son état.

 

10)           La sublimation :

 

                   Elle permet de canaliser des impulsions potentiellement inadaptées vers des                                  comportements socialement acceptables
(ex. sport de contact / agressivité, création artistique / mal être)

                        Ex : Une patiente en rémission après un cancer a repris ses études et a ensuite                         travaillé en oncologie pour aider d’autres patients.

 

 

11)           L’humour :

 

                        C’est une réponse « soulignant les aspects amusants ou ironiques des                          conflits ou des situations de stress ».

A ne pas confondre avec le sarcasme qui a une fonction de dévalorisation de   l’autre)

 

12)           L’anticipation :

 

C’est une réponse « aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en éprouvant les réactions émotionnelles par avance ou en anticipant les conséquences d’un possible évènement futur et en envisageant les réponses ou solutions alternatives réalistes ». L’anticipation, comme mécanisme adaptatif, doit rester réaliste. 

A ne pas confondre avec l’anticipation anxieuse dans laquelle le sujet est débordé par son anxiété ce qui alimente des pensées exagérant les difficultés (ex : anticipation d’une intervention chirurgicale).

 

 

13)           La répression (ou mise à l’écart) :

 

                   Est une réponse aux conflits et stress « en évitant délibérément de penser à des                       problèmes, des désirs, des sentiments ou des expériences pénibles ».

                        Pour rester adaptative la répression doit rester souple.

                        Ex. : Le patient ne pense plus à l’intervention jusqu’au jour J.

                       

 

 

 

 

14) L’affiliation :

 

                   C’est une réponse aux conflits et aux stress « en se tournant vers les autres pour                     chercher de l’aide ou du soutien. Cela implique un partage des problèmes avec                  les autres mais non de les rendre responsables ».

                        Ex. : Tous les groupes de paroles de patients ou associations d’anciennes                               victimes…

 

III) Les principaux mécanismes de défense en jeu chez le soignant :

 

Les soignants sont aussi soumis à l’angoisse.

L’angoisse chez le soignant peut avoir plusieurs sources :

 

            -Angoisse devant la souffrance du patient.

            -Angoisse de mal faire ou de ne pas savoir faire.

            -Angoisse liée aux relations avec les familles.

            -Mal-être institutionnel (mauvaise communication dans l’équipe, dysfonctionnements,  conflits…)

            -Angoisse dû à la position de stagiaire.

 

L’angoisse peut-être à la fois :

 

            -Le signal d’un désir de bien faire  = positif.

            -Source de difficultés (abandon des études ou épuisement professionnel) = il faut comprendre la source de ses difficultés pour surmonter l’angoisse et se faire aider si nécessaire.

            -Source de mauvaises réactions face au patient = il faut repérer ses propres    mécanismes de défenses contre l’angoisse pour ne pas nuire au patient par des comportements inadaptés.

           

 

 

1)    Le mensonge :

 

                   Le soignant va éviter de se confronter à l’angoisse du patient ou de sa famille ainsi qu’à sa propre angoisse en mentant sciemment.

                        Ex : « Tout va s’arranger, vous allez bientôt sortir »

                        Le mensonge donne de faux espoirs au patient, l’entretien dans une illusion qui                        ne lui permet pas de se préparer à l’acceptation de son mal. Il se trouve privé                      du temps nécessaire à la mise en place des mécanismes de dégagements.

 

2)    L’agressivité :

 

                   Le soignant est agressif car il se sent lui-même agressé par la souffrance du                 patient. C’est une façon de le mettre à distance et d’éviter d’être confronté de trop près à ses difficultés psychologiques. Parfois, l’agressivité du soignant vient d’un profond sentiment de culpabilité lié à son histoire personnelle et qui lui rend insupportable son impuissance à soulager le patient.

                        Le patient va se sentir rejeté, abandonné, ou répondre lui-même par de                                  l’agressivité ce qui va rendre les soins difficiles.

 

3)    La banalisation :

 

                   Le soignant ne va s’occuper que de la souffrance physique de son patient.

                        Il occulte la souffrance psychique en se centrant sur les aspects concrets,                                techniques du soin. Le malade reste seul avec sa souffrance psychologique                faute d’être écouté et considéré comme une personne globale et non seulement comme un corps à soigner.

                        Ex : « La césarienne de la 112  » « Le fracturé de la 19 »

 

4)    L’esquive :

 

                     Tout aussi déroutant que le mensonge, dans l’esquive, le soignant répond en                permanence hors sujet, hors de la réalité environnante. Il élude le sujet en égarant le patient sur une autre voie. Le soignant crée ainsi un décalage qui lui évite de s’exposer à sa propre angoisse de la situation.

                        Ex. : -« Croyez-vous que ma fille va venir me voir bientôt ?             

                                    -Et cette purée à midi, elle était bonne madame Duval ? »

 

5)    L’évitement :

 

                        Concerne toutes les situations ou le soignant évite de se retrouver dans une                 situation  qui déclenche chez lui des quantités importantes d’anxiété : entrer dans la chambre de certains patients, éviter de croiser leurs regards chargés de souffrances ou de lassitude, regarder par la fenêtre en donnant les médicaments etc. Le soignant doit alors parler de sa difficulté et rechercher en lui les raisons de cette anxiété pour les surmonter.

                        Certains patients nous renvoient directement à notre condition de mortels, à la                         personne âgée que nous deviendrons tous, ou au « fou » que l’on a peur d’être.

                        Certaines réticences peuvent même conduire à un refus de soigner certains                  patients. Il faut toujours prendre au sérieux ces refus. Nous avons tous nos limites et c’est justement être professionnel que de savoir reconnaître ses limites et ne pas les dépasser pour pouvoir prendre correctement en charge les personnes dont on s’occupe.

 

6)    La dérision :

 

                   Elle consiste à dire au patient que sa souffrance est exagérée.

                        « Allez, allez, un grand monsieur comme vous, y’a pire dans la vie ! »

                        C’est une façon pour le soignant d’échapper encore une fois à sa propre                                angoisse.

                        Le patient se sent incompris, seul, renvoyé au silence. On lui a en quelque sorte                       intimé de se taire.

                        Donner aux patients des surnoms « pour rire » entre soignant, appartient au                 registre de la dérision. Elle peut parfois atteindre des degrés de cruauté et d’irrespect.

                        Ex : les ambulanciers et la « roumaine ».

 

7) L’indentification projective :

 

A l’inverse des autres mécanismes de défense, qui visent à mettre de la distance entre le soignant et son patient, l’identification projective consiste à anéantir la distance en lui attribuant certains traits de soi-même. Le soignant crée un lien fusionnel avec son patient et croit savoir mieux que lui ce dont il a besoin. Il pense également être le seul à s’occuper correctement de ce patient.

Il peut se montrer jaloux envers les autres membres de l’équipe et très envahissant pour son patient qui subit son comportement de toute-puissance et ne peut faire entendre ses besoins réels. Tout en s’impliquant de façon très pesante, le soignant passe totalement à côté de son patient.

 

8) Le ton hypocoristique ou mignard :(Séverine Rezette)

 

C’est un excès d’affectivité dans le ton qui infantilise et peut tendre à mettre à distance le malade en tant qu’adulte.

« Alors ? On a bien dormi, on a bien fait pipi dans son flacon, on va s'habiller maintenant »

Cet excès d’affectivité vient souvent combattre l’angoisse voire la haine que nous inspire en réalité ce patient. Autant de sentiments inacceptables pour le moi.

 

9) L’activisme

 

Le soignant a recours à l’agir, à l’action à la place de la réflexion ou du vécu des affects. Les personnes ayant recours à l’activisme sont plus susceptibles que d’autres de développer des troubles psychosomatiques ou un syndrome de « burning out ».

 

 

 

IV) Les stratégies de coping :

 

 

La notion de coping est récente en psychologie. Elle est issues de l’étude des mécanismes de défenses mais cherche à y incorporer des processus psychologiques impliqués dans les réactions à la fois comportementales (qui relèvent du comportement observable sans tenir compte des processus inconscients) et cognitives (qui relèvent des processus de pensée et des connaissances). Il s’agit donc d’une approche cognitivo-comportementaliste plutôt que psychanalytique. Le coping est essentiel à la résistance au stress.

Coping signifie « faire face », c’est une stratégie d’ajustement à l’adversité.

 

On distingue :

-le coping centré sur le problème = stratégie de « management » de l’évènement.

-Le coping centré sur l’émotion = réguler l’émotion associée à l’évènement stressant.

 

On distingue :

-Coping actif = la personne fait face directement et ouvertement à son problème.

-Coping évitant = la personne évite le problème et cherche à réduire son stress et ses émotions négatives.

 

Certains auteurs (Moos, 1993) ont proposé 4 catégories de base dans le coping actif/évitant :

 

1)    Coping actif/cognitif :

 

         -Analyse logique = trouver des moyens pour résoudre le problème autrement.

            -Recadrage positif = penser à quel point on est mieux que d’autres qui souffrent de     problèmes plus importants.

 

2)    Coping actif/comportemental :

        

         -recherche de soutien = Parler avec un ami

            -Mettre en œuvre une action pour résoudre le problème = Concevoir un plan et le suivre

        

3)    Coping évitant/cognitif :

 

         -Evitement cognitif = complètement oublier son problème

            ou

            -Acceptation résignée = accepter le problème mais perdre l’espoir de retrouver son

            Contentement.

 

4)    Coping évitant/comportemental :

 

            -recherche d’autres activités

            -Décharge émotionnelle = crier pour évacuer une frustration

 

(Voir TD « défenses et coping »)

 

Bibliographie :

 

            -Face à la maladie grave, Patients, familles, soignants.

             Martine RUSZNIEWSKI, Dunod, 1995.


    
     -La crise de la maladie grave,

            Marie-Bernard CHICAUD, Dunod, 1998

Par S.DB
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Vendredi 9 octobre 2009 5 09 /10 /Oct /2009 08:23

 

 

I)                 Introduction


Sigmund Freud est le fondateur de la psychanalyse (le terme apparaît pour la première fois en 1896). Ce médecin neurologue viennois révolutionne la vision de l’homme en découvrant que c’est l’inconscient qui gouverne le fonctionnement de la pensée.

On sait depuis Nicolas Copernic (1473-1543), que la terre n’est plus le centre de l’univers, depuis Charles Darwin (1802-1882), que l’homme descend du singe. Avec Freud, l’humanité va devoir accepter l’idée que ses propres désirs profonds lui échappent et que le Moi « n’est plus maître dans sa maison ».

    II)             
Historique

 

Dès l’Antiquité on décrit et classe les maladies de l’âme (voir Hippocrate et « les humeurs »).

Au XVIIe s, on considère les « fous » comme dangereux pour la société et on les enferme dans les hôpitaux généraux.

Au XIXe s apparaît la psychiatrie moderne qui recherche les causes biologiques et neurologiques des maladies mentales. Mais à cette époque, une maladie mystérieuse met la médecine en échec. C’est L’hystérie, maladie qui touchent essentiellement les femmes et se manifeste par des crises spectaculaires (convulsions, évanouissements, troubles de la vision, paralysies, insensibilité de certaines partie du corps…). Les troubles apparaissent puis disparaissent sans que l’on puisse mettre en évidence une lésion des organes.



Cf : Le cas « Anna O »

 

En 1885, Freud rencontre à Paris le professeur Charcot qui utilise l’hypnose pour soigner ses patientes hystériques. Il découvre le rôle essentiel de la parole lors des séances d'hypnoses (d'ou le nom de "talking cure" donné à cette méthode). Cette parole "libérée" coïncide avec la levée des symptômes et s'accompagne d'une décharge émotionnelle appellée catharsis. Freud fait alors l'hypothèse de l'existence de processus inconscients.
De retour à Vienne, il remplace l’hypnose par l’association libre qui consiste à dire toutes les pensées qui viennent à l’esprit, sans tri, sans jugement, sans discrimination. L’association libre est la règle fondamentale de la cure psychanalytique.

Freud allonge ses patient sur un divan afin qu’ils puissent être détendus pour associer librement. Il se place derrière eux afin qu’ils ne se sentent pas gênés par sa présence ou par ses réactions.
Freud a été le chef de file de plusieurs générations de psychanalystes dont certains dissidents : Carl Gustav Jung (1875-1961), Alexandre Adler (1870-1937). D'autres héritiers : Anna Freud (1895-1982), Jacques Lacan (1901-1981) qui a proposé une relecture des concepts freudiens à la lumière de l'anthropologie structurale. Mais aussi quelques anglo-saxons célèbres pour leurs recherches sur la relation mère/enfant : René Spitz (1887-1974), John Bowlby (1907-1990), Mary Ainsworth (1913-1999), Mélanie Klein (1882-1960), ou Donald Woods Winnicott (1896-1971).

 

 

III)          La théorie psychanalytique (ou métapsychologie)

 

FREUD aborde le psychisme selon 3 points de vue :


     
-Dynamique (c’est l’étude des forces et des conflits psychiques)

      -Economique (il y’a une énergie psychique qui circule)

      -Topique (le psychisme s’organise en territoires et en systèmes)


Ces 3 points de vue sont étroitement liés, et fonctionnent ensembles.


 
En résumé, l’appareil psychique agit sur l’énergie qui le traverse par un jeu de forces et de conflits.

 


1)   
Le point de vue topique

 

Il existe chez une même personne des territoires psychiques différents, et plus ou moins indépendants les uns des autres (ex. le dédoublement de personnalité, l’hypnose...)

FREUD a inventé 2 schémas de l’appareil psychique. On les nomme « la première topique » et « la deuxième topique ».

 

-Dans la première topique (1915)  

 

L’appareil psychique est composé de trois systèmes (voir Fig.1) :

 

-Inconscient (Ics)

-Préconscient (Pcs)

-Conscient (Cs)

 

Le Conscient est chargé d’enregistrer les informations venant du monde extérieur et de percevoir les sensations intérieures de plaisir ou déplaisir. Il est aussi le lieu des processus de pensée ou processus secondaires (raisonnement, souvenirs). Il obéit au principe de réalité.

 


L'inconscient
est le réservoir des pulsions. Les pulsions de l’Ics sont libres et très mobiles (processus primaires). Elles tendent à faire irruption dans la conscience et à se décharger dans des conduites. L’Ics obéit au principe de plaisir.

 


 
Le préconscient
  contient des représentations qui ne sont pas présentes à la conscience mais peuvent le devenir.


 

Il existe une frontière entre les différents territoires, une censure  qui empêche l’énergie et les représentations de circuler librement. La censure est particulièrement sévère entre Ics et Pcs. Elle ne laisse passer les désirs inconscients qu'après les avoir transformés ou déguisés. Sinon, elle les refoule. Cette censure s'exerce également, mais avec moins de rigueur, entre le Pcs et le Cs.
La censure se relâche dans le rêve, d'où l'importance de l’analyse des rêves comme « voie royale vers l’Ics ».

Dans le travail analytique, il faut vaincre les résistances pour triompher de la censure entre Ics et Pcs, puis vaincre les réticences entre Pcs et Cs.

A la surface de l’appareil psychique, entre Cs et monde extérieur, se trouve une troisième zone frontière, qui sert de filtre pour éviter que des stimuli trop violents n’entrent à l’intérieur du psychisme. C’est le pare-excitations.

Lorsqu’il y’a effraction du pare-excitation, il y’a un traumatisme psychique.

 

 

-Dans la deuxième topique (1923)  

 

FREUD présente les instances. Ces instances sont le Moi, le ça, et le Surmoi, 3 entités qui rentrent en conflit à l’intérieur du psychisme.

 

Le ça correspond à l’Ics, c’est le lieu des pulsions (de vie, de mort ou pulsions sexuelles), « la partie obscure, impénétrable de notre personnalité ». Il est régit par les processus primaires et le principe de plaisir, c'est-à-dire qu’il ne connaît pas la logique, ni la contradiction, ni la négation. Le temps n’existe pas pour lui et il ignore les jugements de valeur, le bien, le mal, et la morale.

 

Le Surmoi  se construit à partir des exigences et des valeurs parentales. Il se met en place au moment du complexe d’Œdipe.

Il a une fonction de morale et de censure. Il a aussi une fonction d’autoconservation et d’Idéal.

Surmoi = tu dois… (Sinon sentiment de culpabilité)

Idéal du moi = tu devrais… (Sinon sentiment d’infériorité)

 

Le Moi doit composer entre les exigences pulsionnelles du ça, les contraintes de la réalité extérieure et les exigences du surmoi. Le Moi est en quelque sorte le médiateur chargé d’assurer la stabilité et de l’identité de la personne. Il regroupe le Cs et le Pcs (de la première topique). Mais le moi a aussi une partie inconsciente

 Fig.2

 

2)    Le point de vue économique

 

FREUD considère que l’appareil psychique est traversé par une énergie. Cette énergie provient du ça ou elle circule librement (processus primaire).

La quantité d’énergie présente s’appelle aussi l’affect.

Il existe plusieurs types d'énergies psychiques, avec des qualités différentes. L'énergie qui régit les phénomènes psychiques de la vie sexuelle (au sens large) s’appelle la libido.

Pour accéder au système Pcs-Cs, l’énergie doit être liée à une représentation (processus secondaire).

 

La représentation : C'est l'élément de base des composants de l'appareil psychique.
Elle
désigne les traces mnésiques issues d'un refoulement et dont les affects liés continuent vraisemblablement d'être actifs, car ils en sont séparés, constituant ainsi les symptômes du refoulement.
Freud distingue les représentations de chose des représentations de mots. Si les premières sont actives dans l'
inconscient ou le préconscient sous forme d'images essentiellement, elles doivent, pour être rendues inactives, être verbalisées, donc transformées en représentations de mots.

 

L’objet : En psychanalyse, on appelle Objet la personne (réelle ou imaginaire) vers laquelle se dirige l’amour et le désir. C’est la personne visée par les pulsions d’une autre. L’objet peut-être réel ou fantasmatique.

 

La relation d’objet : est la relation qu’entretient une personne (un sujet) avec son entourage. Cette relation d’objet est en grande part fantasmatique (imaginaire), c'est-à-dire faite de représentations qui modifient l’appréhension de la réalité et du lien à l’autre. (Ex. la relation à l’infirmière).

La libido peut donc se fixer, se retirer ou passer d'un objet à un autre (ou d’une représentation à une autre). On parle d’investissement libidinal.

 


3)   
Le point de vue dynamique

 


La pulsion
 :
La pulsion est une tension qui prend sa source dans le corps et qui a pour but un objet apportant une satisfaction. La pulsion se transforme en une excitation pour le psychisme qui doit la réduire et l’éteindre pour retrouver son équilibre (ex. vérification obsessionnelle).

Les objets de la pulsion sont multiples et ne se limitent pas à la recherche d’un partenaire sexuel.

On distingue les pulsions de vie (Eros) qui visent la conservation de la vie, du plaisir, et les pulsions de mort (Thanatos) qui tentent de détruire le travail des pulsions de vie. Tournées vers l’intérieur elles visent l’autodestruction (suicide, anorexie), tournées vers l’extérieur elles visent la destruction et l’agression. Tout le monde possède en soi ces pulsions et l’équilibre de la personnalité va dépendre de l’équilibre entre les poussées pulsionnelles et la réponse de l’appareil psychique.

 

Le refoulement : Le refoulement permet d’éviter un conflit entre le Moi et le ça en rejetant dans l’inconscient la pulsion inacceptable. Car ce qui peut être agréable pour le ça, peut-être source de déplaisir et d’angoisse pour le Moi. Ces éléments refoulés peuvent revenir sous diverses formes comme les lapsus, les actes manqués, les rêves, mais aussi sous forme de symptômes (angoisses, obsessions…). C’est alors qu’ils nécessitent d’être analysés en psychothérapie pour que le souvenir dont ils sont issus revienne à la conscience de manière à ne plus être douloureux pour le sujet.

 

Le symptôme : En médecine, le symptôme est un signe révélateur de la maladie. Il permet de découvrir ce dont souffre le malade et de le guérir. Le symptôme disparaît alors.

En psychanalyse, le symptôme révèle un conflit psychique inconscient. Il ne s’agit donc pas d’éradiquer le symptôme mais d’en comprendre le sens car il vient parler à la place du sujet. Sous l’effet de l’analyse, le symptôme va se modifier de sorte à ne plus être source de douleur.

Certaines psychothérapies non psychanalytiques visent à supprimer rapidement le symptôme (ex. thérapies comportementalistes) mais l’on s’aperçoit souvent que le symptôme réapparaît ailleurs sous une autre forme (on dit qu’il se déplace) car le conflit psychique sous jacent n’a pas été réglé.

 

Le lapsus : C'est un mot inattendu, qui surgit de la bouche d’un individu tout à fait par surprise. Il n’est pas le mot que consciemment il avait prévu de dire et trahit le désir inconscient du sujet.

 

L'acte manqué : C'est un acte ou action inattendus, qui vient contrarier l’acte ou l’action que consciemment l’on avait projeté de faire.

Exemple : rater le train que l’on avait prévu de prendre pour un voyage auquel on tenait beaucoup.

 

Le transfert : Le transfert peut se définir comme une intense relation affective, voire amoureuse, du patient à son psychanalyste (transfert positif). Mais il peut aussi être composé d’éléments agressifs ou haineux (transfert négatif). En réalité, ce n’est pas l’analyste qui est visé. Il s’agit en fait d’une relation imaginaire dans laquelle l’analyste vient incarner des figures de la vie du patient. C’est cela que signifie « transférer », c’est déplacer sur le psychanalyste des sentiments qui concernent des personnes de l’entourage présent et passé de l’analysant. Le transfert est le lieu de répétition d’émotions anciennes, c’est lui qui fait que le patient revient et a envie de parler. C’est en maniant le transfert que le psychanalyste va aider son patient à se remémorer son histoire et à en être l’acteur au lieu de la subir passivement.

Il y’a des transferts possibles dans d’autres domaines qu’en psychanalyse. Entre un patient et son médecin, ou entre un patient et les personnes qui le soignent. Dans ces autres contextes, on ne va pas travailler sur le transfert mais on va le repérer et faire avec. Cela nous permet de comprendre que l’agressivité d’un patient ne s’adresse pas forcément à nous.

 

IV)          Conclusion

 

La psychanalyse est une théorie complexe et complète qui continue d’apporter un éclairage très riche dans de nombreux domaines liés au soin et à l’éducation. Elle est à la fois :

 

-Une méthode d’investigation du psychisme humain.

-Une théorisation du fonctionnement psychique (métapsychologie).

            -Une technique psychothérapeutique originale.

 

Les détracteurs de la psychanalyse l’accusent d’être longue et coûteuse, de s’adresser aux « biens portants », et d’accorder une trop grande place aux pulsions sexuelles et à l’enfance du sujet.

Depuis plusieurs années, des psychanalystes, des psychologues et des psychiatres pratiquent ce qu’on appelle des Psychothérapies d’Inspiration Psychanalytique (PIP). Il s’agit de psychothérapies en face à face, qui s’inspirent des théories psychanalytiques sans être « la cure type » c'est-à-dire une psychanalyse telle que Freud l’a inventée.

 

                                                                                                      

Bibliographie

 

Pour reprendre le cours…

 

-Psychologie clinique en soins infirmiers, S.Rézette, Masson

 

-La psychanalyse, Christiane Alberti et Marie-Jean Sauret, Ed. Les essentiels de Milan.

 

Pour approfondir…

 

-Psychologie pathologique, théorie et clinique, J.Bergeret et coll., Masson

 

-Histoire illustrée de la psychiatrie en 41 leçons et résumés, ed.Dunod

 

Romans…

 

-Les confessions du fauteuil d’un psychiatre, Frédéric Paquereau, L’esprit du Temps

 

-Une saison chez Lacan, Pierre Rey, ed.Seuil Points

 

- Oscar et la dame rose, Eric-Emmanuel Schmitt, ed.Reclam

Par S.DB
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